GOUACHE + VANITIES

+ ALCHIMIE  par Edouard Mornaud

 

 

            « La technique et la pratique artistique originales de Carine Leroy-Braham lui autorisent une grande liberté dans l’utilisation des matériaux au service de la signification profonde de son œuvre. Au-delà du rendu pictural immédiatement perceptible, c’est une invitation à l’introspection et à la méditation à laquelle nous sommes conviés.

 

            Le choix même du papier n’est pas innocent : plus organique, plus instable, c’est une bataille qui s’engage entre l’artiste et son support. Sans croquis préparatoire, les papiers sont fixés au mur, à hauteur des yeux et  prendront vie en se gondolant sous les instruments de l’artiste. Carine Leroy-Braham peint-sculpte de manière frontale, tel un face à face, parfois une confrontation, fruit de sa réflexion. Un rapport quasi physique s’engage alors entre elle et sa Vanité en devenir.

La vie et la mort se regardent ainsi en vis à vis, pas de compromis… Memento Mori.

 

            Carine Leroy-Braham compose et dévoile sa toile, de façon instinctive, autant dans sa signification que dans son procédé créatif, conduisant à l’aspect faussement brut voire inachevé de son œuvre. Au moyen de sa spatule de plâtrier, dans le mouvement et le geste, la gouache et le lavis s’accrochent dans les aspérités du papier, s’imprègnent tantôt comme sur un buvard, ou à l’inverse glissent, se retiennent, perlent et coulent jusqu’à  finalement déborder du cadre. Facile voire évident alors d’y voir des larmes noires symbole de mort… mais l’artiste est bien plus subtile : les taches sombres plus ou moins profondes savamment organisées sur le papier magnifient le contraste du fond blanc immaculé qui en appelle à la vie. Au premier regard, entre force et fragilité, on pourrait croire le tableau inachevé, incomplet, comme une histoire en cours, comme la vie qui passe et le temps qui s’écoule.  Le thème de la Vanité n’exprime-t-il pas en fin de compte ni la mort, ni la vie mais la transition entre l’une et l’autre qui s’inscrit dans le temps ?

« Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse, Chaque instant te dévore un morceau du délice »*

 

            Bien qu’au premier regard, l’œuvre puisse paraître violente ou agressive par son thème, son traitement et sa facture, l’œil est attiré, puis entrainé, par petites touches, au travers des couches sombres, par une lumière quasi mystique. C’est l’or, matériau inattaquable, inoxydable, associé depuis l’antiquité à la lumière céleste et dans le Christianisme à la charité, à la douceur et à la tolérance - valeurs dont se réclame l’artiste - qui sera vecteur d’introspection.

 

            Carine Leroy-Braham nous invite en toute humilité à l’accompagner dans le cheminement de sa pensée, dans la dualité de son univers et de sa spiritualité. L’artiste aborde le thème chrétien des Vanités pour délivrer une valeur plus universelle, augmentée de la tradition et de la philosophie bouddhistes. Le choix de l’utilisation de l’or - absolue perfection dans le Bouddhisme - est utilisé de façon diffuse dans ses tableaux et permet d’établir le lien entre ces deux formes de spiritualité. Ainsi, la vanité dans sa forme apparemment  classique se trouve ornée d’une fleur de lotus, symbole de sagesse, de pureté et d’accès à la connaissance, chemin du Nirvana. Véritable alchimiste, Carine Leroy-Braham transforme le plomb en or dans sa symbolique mais aussi dans sa technique, qui nous guident du sensible au spirituel. »

 

 

* Charles Baudelaire, L’Horloge, Les Fleurs du Mal, 1956

 

 

+ ALCHEMY  by Edouard Mornaud, translated by Kate Sonsino 

 

 

            « Carine Leroy-Braham makes use of original, artistic techniques which enable her to work freely on a deeper level at the substance of the pieces. Beyond the initial pictorial image lies an invitation for us to join her on a thought process towards meditation.

 

            Even the choice of paper is far from innocent : as it is more organic, less stable, the basis on which the artist works becomes a battle field in itself. Paper is hung at eye level and without any preparatory sketching natural, creased forms come to life via the artist’s use of utensils. Carine Leroy-Braham paints-sculpts in a full frontal manner, heading straight towards confrontation, a direct result of her thought process in action. An almost physical relationship thus develops between her and the Vanitas she creates.

Life and death confront each other face to face… Memento Mori.

 

            Carine Leroy-Braham composes and displays her canvas in such a way that both the meaning and the way in which she creates become instinctive : this results in a crude almost unfinished aspect to her pieces of work. By using a plasterer’s spatula the strokes and movements of the gouache and the washing get stuck on the ruggedness of the paper. At times the paint soaks up as if on blotting paper and at others it drips and forms blobs to slither down beyond the frame itself. The black tears symbolising death are obviously easy to make out however the artist is far more subtle than that : these dark patches which vary in depth are skillfully arranged on the paper thus highlighting their differences from the pure, white background which evokes life. On first looking one could believe that the painting is unfinished, or incomplete as if something is in progress, just as in real life. Life passing us by as time moves on. Couldn’t the theme of Vanitas be seen here as neither an illustration of death or life but rather as serving as a transitional point in time between two points ?

« Like an actress who disappears into the wings, Every instant devours a piece of the pleasure »*

 

            The initial image may come across as violent or aggressive in the way in which it is handled, however our attention is caught and then transported by little specks of mystical light crossing dark layers. Since the beginning of time gold has been associated with heavenly light due to its unassailable and untarnished qualities. Similarly in Christianity gold is linked with charity, kindliness and tolerance, all values that the artist calls upon in her work. Her gold is thus infused and serves as a vector towards enlightenment.

 

            Carine Leroy-Braham bids us unpretentiously to journey alongside her following the pathways of her universe and spirituality. The artist deals with the christian aspect of Vanitas and then enhances it further with a wider universal meaning bringing in buddhist traditions and philosophy. The choice of gold - meaning absolute perfection in Buddhism - throughout her pictures enables her to link up both forms of spirituality. Thus the Vanitas, in its seemingly classical form, finds itself adorned with a Lotus flower which is a symbol of wisdom, purity and also a pathway to enlightenment on the path to Nirvana.

As an alchemist at work Carine Leroy-Braham’s paint strokes physically turn lead into gold as symbolically she turns raw emotion into spirituality.  »

           

 

* Charles Baudelaire, L’Horloge, Les Fleurs du Mal - translated by William Aggeler, The Flowers of Evil, 1956

 

 

 

 

+ LA VANITE AU LOTUS  par Fabien Sturm

 

 

            « Le crâne, d’un point de vue formel, nous met face à cette ambivalence permanente entre la vie et la mort, l’effrayant et le sublime, le Chtonien ou le Céleste.

Cartésiens ou Mystiques, tous s’accordent pour dire qu’en l’humain, jeune ou vieux, existe sur un même plan, la mort et la vie, dans un jeu permanent où l’un domine successivement l’autre et inversement. Il est aussi le siège de la pensée, de la spiritualité, des fondements même de la conscience.

Dans ce travail de Carine Leroy-Braham, tel un ange, le genre n’a plus aucun sens en regardant ce crâne semblant sans vie, dans sa perception première. Naturellement masculin, il devient féminin en perdant cette mâchoire inférieure aux accents et aux angles si virils, et grâce aussi et surtout, par l’adjonction de cette fleur. On regarde ce crâne orné, et nous découvrons les traits d’une femme, qui nous scrute au-delà de notre forme terrestre. Et si l’on réussit après Ô combien d’efforts à détourner les yeux de ce regard sans fond qui nous observe, nous détaillerons cette fleur, réceptacle et née de l’eau qui permet la vie, calice précieux, ode à la beauté féminine : un Lotus.

 

            L’artiste utilise cette fleur avec une volonté précise ; dans sa perfection supérieure et sensuelle, le Lotus renvoie à l’épanouissement personnel, et de manière littérale, au sens moral. Il est également parole divine. En effet, Bouddha ne désigne-t-il pas la fleur comme étant l’expression absolue de l’indicible, tel le Lotus tenant lieu de parole, d’enseignement ? Ne la montre-t-il pas comme un condensé du cycle de vie, image de la perfection qui doit être atteinte pour accéder au Nirvana ? Et ce crâne, qui par essence ne peut s’exprimer, et quand bien même, dénué de mâchoire inférieure ne pourrait former aucun son, utilise le lotus pour propager cette parole provenant de l’au-delà et  donner ainsi un sens à toute vie terrestre.

 

            En devenant véhicule de la pureté du corps, de l’esprit et de la parole, le lotus flotte au-dessus des eaux troubles, des considérations bassement humaines, de la convoitise et du désir. Il est alpha et oméga se superposant et devenant identiques. Il est  graine et fleur, respectivement cause et effet dans la loi qui régit les rapports de causalité de l’univers. Il est avant, maintenant et après. 

Passé, présent et futur s’enlacent à travers le lotus, tels le bouton, la fleur et la graine, image circulaire de la vie, apposé au crâne, expression ultime de la vanité humaine.

Et si ce cycle vital prend forme dans le cycle végétal, il souligne alors le caractère éphémère de cette vie terrestre, tout comme le fait le crâne, dédoublant ainsi la force  de la prise de conscience de cette vanité du genre humain.

Pour Carine Leroy-Braham, la couleur spectrale et immaculée du Lotus et du crâne, domine l’ignoble crasse du monde, cette boue, terreau dont le Lotus se nourrira pour permettre l’épanouissement  et atteindre la grande Harmonie.

Ainsi le blanc est couleur de l’éblouissante métamorphose, de la perfection révélée. La fleur et l’os se confondent dans leur blancheur, teinte primitive de la mort  et du deuil mais celle de la vie aussi.

 

            Quelle incroyable alchimie naît de l’union du crâne et du Lotus, de deux manifestations physiques si puissantes de la spiritualité ? La vanité et le Lotus nous emmènent du côté de la vie : Mors Janua Vitae, la mort comme porte de la vie.

Si le crâne n’est  que l’expression physique de la mort, et qu’il devait trouver une voie sacrée pour se rapprocher de l’ultime but, de l’Eden ou du Nirvana, tout simplement d’une autre vie, le Lotus n’en serait-il pas le phare ?

 

            Carine Leroy-Braham nous dévoile l’inexprimable et l’imperceptible, réincarne ce qui n’est plus. Ce visage invisible et pourtant touché par la grâce féminine, sans expression et néanmoins plein de suprématie, mort et pourtant si vivant, sonde notre âme de son regard aveugle. Il rattache la sienne à travers le Lotus, fleur sacrée et primordiale qui canalise l’essence de vie, qui, à l’instar du papillon, incarne l’âme séparée des dépouilles mortelles, apportant enfin la paix, tout en nous renvoyant à notre condition humaine. »

 

 

 

 

+ LOTUS ADORNED VANITY  by Fabien Sturm, translated by Kate Sonsino

 

 

            « Looking at a skull makes us deal with the permanent ambivalence that exists between life and death, horror and the sublime, Chthonic and Heaven.

Everyone from Cartesians to Mystics alike, all agree on one point and that is : life and death are an integral part of each human being whether they are young or old. This in turn creates a perpetual dance where at any given time one or the other takes the lead. Skulls also house our thought process and spirituality, which together form the basis of our consciousness.

On first looking at Carine Leroy-Braham’s piece of work this skull seems to be lifeless, almost asexual, angel like, to the extent of exhibiting neither masculine nor feminine traits. Its natural masculine forms become feminine as the angular and virile lower jaw-bone loses itself with the addition of the flower. On looking at the adorned skull we discover a womanly way of seeing beyond our earthly existence. If we manage to take our eyes off this hollow stare, which bears into us, we can make out the lotus flower. This flower comes from and holds water : it is also a life source, a precious chalice and itself an ode to female beauty.

 

            The artist uses this flower in a specific way, with a particular meaning. As the Lotus flower evokes sensuality and perfection it also symbolizes both personal and moral fulfillment. It is represents the Divine Word. Is it not Buddha who used this flower to encapsulate all that which is beyond words ? The Lotus flower is used to represent speech and enlightenment. Does he not use it to characterise an abridged life cycle ?  Itself an image of perfection which needs to be reached to obtain Nirvana ? In addition we have this skull and without its lower jawbone it cannot produce any sounds. Instead it thus makes use of the Lotus flower to spread the word from above and in turn gives meaning to all life on earth.

 

            The Lotus flower is used to convey the body’s purity, spirit and speech and thus glides above all troubled waters, far removed from such basic human concerns as lust and desire. By overlapping alpha and omega they become one and the same. It is the seed and the flower incarnating cause and effect in the laws of all universal causality. It is before, now and hereafter.

The past, the present and the future intertwine in this symbol, as buds, flowers and seeds do in a circular image, which is life itself and which contrasts to the skull as the ultimate expression of human futility.

As this all important life process takes the form of a life cycle then it underlines the ephemeral nature of life on Earth. Similarly the skull exercises its power, separating life’s forces and the futility of human nature.

For Carine Leroy-Braham the ghostly and immaculate colour of both the Lotus flower and the skull prevail over humanity’s despicable low life which itself is both muddy and loamy. However the Lotus flower feeds from this murkiness to blossom and reach perfect harmony. In this way white is the colour of a dazzling metamorphosis of unfolding perfection. Flower and bone become as one in their whiteness, this primitive shade of white echoing simultaneously death, mourning and life.

 

            By placing the skull and the Lotus Flower together, an incredible alchemy takes place as both are powerful, physical representations of the spiritual world. Futility with the Lotus flower takes us to that place in life called Mors Janua Vitae, death is the gateway to life. Is the skull simply expressing death via a sacred path to reach such ultimate goals as Eden or Nirvana, or merely another life, and then couldn’t we imagine that the Lotus flower symbolizes the light house to show us this path ?

           

            Carine Leroy-Braham unveils for us all that cannot be expressed nor seen and reincarnates that which is no longer here. This invisible face graced with femininity remains blank yet full of supremacy and is dead yet so alive and thus bears into our soul with its vacant stare. The Lotus flower brings out the soul as this flower is sacred and primeval and channels the spirit, in the same way as the butterfly that embodies the departed souls from mortal remains, so peace is found, bringing us to face humanity.  »

© clb