GOUACHE + INDUSTRY / PORT ATLANTIQUE OF LA ROCHELLE - FRANCE   

+ LA CHAIR DE L'IMAGE  par Elizabeth Schwartz

 

 

« Auriez-vous crû un jour vous sentir en émoi devant des représentations de tuyaux, de parpaings, d’extincteurs et d’IPN ?

Carine Leroy-Braham s’approprie d’une manière presque charnelle les environnements hyper bruts, symbolise les objets dans un contexte déshumanisé et pourtant si sensuel, en peinture et en photo.

 

          Architecte de formation, Carine peint avec une structure en tête, une base photo, une lumière particulière pré-requise. Puis elle rentre dans la toile en oubliant tout ce qu’elle sait. Elle laisse libre cours à ses images mentales, au monde tel qu’elle le voit, en faisant décoller la réalité, en préservant une bonne marge de spontanéité et d’imprévu. Tous les sens en éveil, elle va chercher la beauté là où on ne s’attend pas à la voir, dans l’univers urbain et sauvage d’un chantier, d’un site industriel, d’un parking, de murs et de conduits.

Son regard de femme sur un monde traditionnellement masculin, elle le nimbe d’une douceur qui va parfois jusqu’à un érotisme poudré. C’est le béton, le métal qui palpitent, la matière mise à nue. Deux fils électriques incandescents, un extincteur sexy pink pourraient limite faire rougir…

L’artiste compose, juxtapose, mélange ses photos - « pour la connexion au monde », à sa peinture - « pour l’accès à l’imaginaire ». Comme une transe pour cet « arty animal » qui travaille en musique dans un rapport à la toile très physique. « J’ai un rapport épidermique à ma peinture. Je m’attache particulièrement à la notion de grain de l’image. On parle d’ailleurs du grain de la peau. C’est ça : la chair de l’image ! ».

 

          Et derrière la chair de l’image, une âme. C’est celle des silos à grains de La Pallice que Carine Leroy-Braham a choisi de travailler pour l’exposition de la Chapelle des Dames Banches, en 2013 à La Rochelle. « Avoir le privilège de pénétrer dans l’antre des silos c’est embarquer pour un voyage dans une ville dans la ville » raconte cette Rochelaise d’adoption, Marseillaise d’origine. Le lieu offre des gros plans, des perspectives qui impliquaient un traité en grands formats, pour mieux perdre l’échelle et rendre palpable la lumière. Peinture et photo se répondent et fusionnent au service de l’expression et de la matière. A l’intérieur des silos l’on découvre un univers jusqu’au-boutiste qui confine à la science-fiction… Car cet univers nous est inconnu, on y oublie ses références dans un dédale architectural jauni de poussière de céréales. Sans étalon de grandeur, affranchi de ses réflexes, l’humain se perd pour mieux se retrouver à travers son imaginaire dans cette cathédrale de béton. Des sensations, un état à la fois de flottement maximum et de réceptivité optimale… Une expérience presque mystique ! »

 

 

 

 

+ FESHY IMAGES  by Elizabeth Schwartz, translated by Kate Sonsino

 

 

          « Who would have thought that images of pipes, breeze blocks, fire-extinguishers and metal strutting could be exciting ?

Carine Leroy-Braham captures in an almost carnal way basic industrial surroundings, symbolizing its objects with a mix of painting and photography in a desensitized yet sensual way.

 

          Originally Carine Leroy-Braham trained as an architect and thus paints with a clear structure in her mind.  She also fully exploits the light of her photographic base. Then she gets to work losing herself in the canvas and forgetting all that she has previously learnt. She allows her imagination to run free unlocking reality, which manages to maintain a healthy dose of spontaneity and surprise. She uses all her senses to look for beauty where we do not usually expect to see it for example against the urban backdrop of building sites, industrial space, car parks, walls and even building vents. Her female take on what is traditionally a man’s world enables her to infuse images with softness bordering on mild eroticism. Raw materials such as concrete and metal come alive to bare all. As do two glowing electrical wires and a sexy pink fire extinguisher : enough to make you blush… The artist composes, juxtaposes and mixes up her photos that are linked to the real world « with her paintings which allow access to the imagination ». It is in an almost trance-like state that this “arty animal” uses music to achieve a physically close relationship with her canvas. « My painting gets to me via my skin. I especially like the idea of textured images… in the same way we often speak about our skin’s texture. That’s what this is about : fleshy images ! ».

 

          Behind these fleshy images there is also a soul. For this particular exhibition at La Chapelle des Dames Blanches in 2013 at La Rochelle, Carine Leroy-Braham chose to work in the heart of the grain silos at La Pallice. She explains « I was privileged to work in the very centre of these silos, for me this was like discovering a town via the town itself. ».

Carine Leroy-Braham was brought up in Marseille but has now adopted La Rochelle as her home town. The setting of the silos lends itself to close-ups and perspectives which in turn call out for large format exposure. Consequently the objects are scaled down and the light becomes palpable. Her painting and photography work in unison to express themselves and the materials which are being used. Within the walls of the silos we discover an immovable universe which veers towards science fiction. As this particular world is unknown to us we easily forget our bearings in an architectural maze which is covered by a fine yellow sprinkling of dust. Losing all notions of size we feel free to let ourselves go, sparking off our imagination to also run wild and free in this concrete cathedral. The ensuing sensations float around freely thus reaching all realms. »

© clb